A quinze jours du premier tour, les Français étaient de retour aux urnes dimanche 6 mai pour le rendez-vous final. Convaincus ou pas, les électeurs se sont forcés de voter pour élire leur futur président. Ce dernier tour entre la droite et la gauche constitue pour certains une victoire. Pour les autres, comme c’est le cas des jeunes de la banlieue, c’est le début d’un cauchemar.
« Tout sauf Sarkozy » était la devise depuis le début de la campagne par la plupart jeunes des quartiers. Le jour « J », à Saint- Denis, banlieue sensible, l’inquiétude se fait sentir de loin. Malgré le calme et le beau temps, la peur bat son plein. « Ici on craint le pire», certifie Mohamed, gérant d’un café. Selon lui, les discussions au café tournent uniquement autour des élections. « Les jeunes ne parlent que de Sarkozy, ils sont déterminés à lui faire barrage», témoigne ce Marocain.
La situation est plus grave qu’on l’imagine. « Au cas où Sarkozy serait le vainqueur, ça sera la guerre dans les banlieues», assure de son côté Bernard, 65 ans, charcutier du coin. « Ça promet, ce soir la fête sera autrement», intervient Mahmoud, en sirotant son café. Ce jeune chômeur confirme que le mot d’ordre est déjà donné pour déclencher des émeutes comme en 2005.
Rush sur les urnes
Venus en force aux urnes, les banlieusards avaient une seule idée dans la tête, celle de faire barrage à Sarkozy. «Il faut casser Sarkozy, c’est un danger pour nous», insiste Nabil, 20 ans, croisé à la sortie du bureau de vote sis à l’école Marcel Sambat. Fréquentant pour la première fois l’isoloir, ce jeune dit :« Je vote par principe et pour écarter le danger». Nabil, comme la plupart des jeunes du quartier, se promet de voter contre le candidat de l’UMP. « Sarkozy n’entrera jamais à l’Elysée», assure un groupe de jeunes. Même s’ils ne sont pas convaincus par son programme, les banlieusards sont tous pour Ségolène Royal.
Le désarroi des habitants
Les habitants du quartier observent avec angoisse les résultats de la finale. Les vieux, les parents sont angoissés: « Je suis sérieusement inquiète pour mes enfants car, ici, il y a trop de manipulation», révèle Malika,47 ans, d’origine algérienne. Cette mère de quatre enfants ne cache pas sa crainte du lendemain. Son visage exprime une profonde souffrance. Deux de ses enfants, Amine et Hakim, âgés respectivement de 25 et 28 ans, sont pleinement engagés dans le mouvement de mobilisation anti-Sarkozy. « J’ai tant essayé moi et mon mari de les empêcher, mais en vain», affirme Malika, les larmes aux yeux. « Ça me fait mal de voir mes enfants manipulés sans pouvoir rien faire», s’alarme t-elle.
Cette dame ne cache pas sa préférence pour Sarkozy. Pour elle, le candidat de l’UMP a parfaitement raison de nettoyer les quartiers et de rééduquer les jeunes. « Les jeunes ne veulent plus travailler et comptent sur les allocations de chômage», dit Malika en exprimant son ras-le-bol. « Nous sommes des étrangers, mais,nous en avons marre de cette situation d’insécurité», reconnaît—elle.
Même sentiment partagé par Chantal,45 ans. Cette enseignante ne retrouve plus la paix. « Franchement, j’ai la peur au ventre et je crains fort pour mes enfants», avoue t-elle. Qu’ils soient Français de souche ou d’origine maghrébine, les habitants de la banlieue veulent en finir avec ce marasme.
(photo http://www.bozarblog.info/imagesp/cpe.jpg - dr)
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