Le PS déjà tourné vers les législatives
par Mamoudou Kane
Ségolène Royal ne sera pas présidente pour cette fois. Mais au siège de son parti, les armes se fourbissent déjà, et on parle de «refondation»
19h, rue Solferino, la foule de sympathisants ne s’est pas démobilisée malgré les sondages donnant leur candidate perdant avec un large écart. Au moins deux mille personnes sont là pour huer Sarkozy sur les écrans géants placés dans la rue, au début de la soirée électorale télévisée sur France 2. Les premières estimations parcourent la foule, et les premiers visages se durcissent. «Moi, je m’en fous maintenant ! Ca va être dur, très dur pour les 5 ans à venir, mais peut-être que ça mettra du plomb dans la tête des gens» confie rageur Cyril F., un jeune étudiant en anthropologie. Mais l’enthousiasme du début de soirée ne s’estompe pas ; la foule reprend de plus belle les «Ségo présidente !» avec une ferveur encore plus prononcée. On dirait un groupe de supporteurs qui sait son équipe surclassée par l’adversaire, mais espère l’exploit de dernière minute. Ou un miracle.
A l’intérieur du siège, c’est plus calme
Razzie Hammadi, président du MJS
Une fois franchies la porte du siège, on est de suite marqué par le silence des militants, notamment de quelques membres du mouvement des jeunes socialistes, les mines moroses éparpillées ça et là. Une atmosphère sans joie. Au milieu, leur président, Razzie Hammadi apprécie rouge de fatigue, devant un parterre de caméras qu’il «faut dès ce soir refonder la gauche, se préparer pour les législatives. Nous y sommes dès demain. Il faut absolument débattre pour faire émerger et asseoir définitivement une idéologie moderne de la gauche». Interpellé sur leur éventuelle alliance avec le nouveau parti « démocratique » de François Bayrou, Hammadi assène froidement : «Le centre n’a pas de passé ni de présent, et nous n’envisageons pas de futur avec eux». Le message est clair.
Quelques mètres plus loin, un autre cadre député et dépité du parti socialiste, Maurice Weber, appuie ces propos: «Nous sommes déjà dans les législatives, et nous devrons analyser le mécanisme des reports de voix d’extrême gauche et des centristes (deux millions d’anciens de gauche- ndlr), pour les pérenniser et les lier à nous».
20h, le match est fini, Sarkozy est président
Un silence furtif de quelques secondes accueille le résultat de 20h, avec l’image de Nicolas Sarkozy remplaçant le drapeau français sur l’écran géant rue Solferino, nouveau président des Français avec 53% des voix. Et les cris reprennent plus forts par des «merci Ségolène!», jusqu’au discours de la candidate socialiste qui assure aux électeurs de gauche «continuer le combat avec vous et près de vous, car ce que nous avons commencé ensemble, nous le continuerons ensemble». Anissa M., une femme d’une trentaine d’années, ne partage pas cet optimiste et prédit que «les éléphants vont la tuer politiquement». 21h, certains des sympathisants qui s’étaient préparés à la rencontre des vainqueurs place de la Concorde, s’éparpillent. «Sarko Facho» continue à tonner un groupe d’une vingtaine de jeunes, fermement décidé à aller «foutre la smalla».
(photos Mamoudou Kane/CFPJ)
Vu, senti, ouï • (1) Commentaires •
le nouveau maître de l’Elysée (photoThomas Coex/AFP)
Le score est sans appel, avec 53% des suffrages, Nicolas Sarkozy devient le 6e président de