Rupture
par Paul Dah
C’est fait! La République ne sera pas royale. Ainsi en ont décidé les Français. C’est Nicolas Sarkozy qui présidera à leurs destinées pendant les cinq prochaines années. Rien ne sera plus comme avant, a-t-il promis.
Élu avec 53,06% de voix, Nicolas Sarkozy reçoit des Français un mandat clair pour appliquer son programme qui visiblement les a séduits. Il s’est alors immédiatement engagé sur le boulevard que lui ont ouvert les électeurs, en rappelant les thèmes dominants de sa campagne : « Je veux réhabiliter le travail, l’autorité, la morale, le respect, le mérite. Je veux remettre à l’honneur la nation et l’identité nationale. Je veux rendre aux Français la fierté d’être Français. Je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi, et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres ».
C’est obvie. L’allure du changement annoncé sera comme sur une autoroute. Par mesure de précaution, tout ce qui pourrait freiner cette allure devra être balayé. Et si c’est de la « racaille », le nettoyage pourrait se faire au « kärcher », insinuent les adversaires du président élu, en rappelant ses dérapages verbaux.
Ce souci d’efficacité et le devoir de résultats à court terme limite l’équipe gouvernementale à 15 ministres. Comme une équipe de rugby. Le succès dépendra d’un savant dosage de tactique, de physique, d’intellect, de résistance. Chacun devra rendre compte, avertit d’ores et déjà le chef! Désormais, nul ne méritera une place dans l’Hexagone s’il ne lui est utile !
La nouvelle politique étrangère de la France
La priorité du nouveau locataire de l’Elysée va d’abord à l’Europe. Ses pairs de Grande Bretagne d’Allemagne et de Bruxelles redoutent autant qu’ils attendent son arrivée. La place de la France s’y situera autrement.
Vis-à-vis de l’Afrique le discours inaugural de Sarkozy semble privilégier une coopération concertée : « Nous déciderons ensemble d’une politique d’immigration maîtrisée et d’une politique de développement ambitieuse ». Mais sur la base des promesses faites aux Français durant la campagne, autant dire que c’en est fini de la “France-Afrique”. Sa promesse de “rompre avec le paternalisme et les relations douteuses qui ont caractérisé les rapports entre la France et l’Afrique sous la Cinquième République” n’est pas forcément mauvaise pour le continent. Ses dirigeants sauront au moins à quoi s’en tenir!
Malgré la promesse d’une “union méditerranéenne, trait d’union avec l’Afrique”, la politique arabe de la France va connaitre une rupture inévitable. Ami déclaré des Américains et soutient déclaré d’Israël, on ne voit pas comment le nouveau président pourra faire autrement…
Un président rassembleur et amoureux de sa patrie
« J’appelle tous les Français par-delà leurs partis, leurs croyances, leurs origines, à s’unir à moi pour que la France se remette en mouvement ». A priori, Nicolas Sarkozy entend opérer une mue entre le candidat de l’UMP qu’il a été, pour devenir désormais président de la république. On peut lui accorder un a priori favorable vu le fairplay qu’il a manifesté à sa rivale battue mais pas abattue.
Mais il intrigue quand il déclare « aimer la France comme on aime des êtres chers ». On sait en effet que Jean-Marie Le Pen l’accuse de “ne pas remplir les conditions éthiques d’une candidature présidentielle” . Cette accusation, à tort ou à raison, fait résonner en écho la déclaration d’amour du nouveau président à ce slogan du Front National : « La France, aimez-la ou quittez-la ». Qu’à-t-il besoin de prouver puisque les Français lui accordent toute légitimité pour les gouverner? Ils ont traduit à une large majorité leur préférence à un programme dirigiste mais efficace plutôt qu’une “démocratie participative” mais incertaine. Ce score sans appel est un boulevard ouvert à Sarkozy pour les réformes souhaitées. Il faut pouvoir supporter son rythme. Les changements annoncés s’effectueront sans tarder: « je ne vous trahirai pas », foi du nouvel élu, pour une France réformée. Et ce sera tout en rupture, même sans passer par des mains royales!
Vu, senti, ouï • (40) Commentaires •
« Tout sauf Sarkozy » était la devise depuis le début de la campagne par la plupart jeunes des quartiers. Le jour « J », à Saint- Denis, banlieue sensible, l’inquiétude se fait sentir de loin. Malgré le calme et le beau temps, la peur bat son plein. « Ici on craint le pire», certifie Mohamed, gérant d’un café. Selon lui, les discussions au café tournent uniquement autour des élections. « Les jeunes ne parlent que de Sarkozy, ils sont déterminés à lui faire barrage», témoigne ce Marocain.