Match nul après prolongations
par Mamoudou Kane
Le débat d’idées tant attendu entre Sarkozy et Royal a tenu toutes ses promesses, tant dans le fond que par la forme électrique, houleuse par moments. Au final, ils se sont neutralisés, chacun ayant cherché à gommer les points noirs qu’on leur attribue.
Dès l’abordage du premier thème institutionnel, l’enjeu du débat pour Sarkozy et Ségolène Royal est manifeste. Le premier, en se plaçant clairement sur le terrain de l’action veut marquer fermement ce que l’opinion et les médias caractérisent comme son point fort : l’action. «Il faut des résultats (…) ; on ne peut plus faire de la politique comme avant (…) ; je suis pragmatique (…) ; je demanderai à être jugé sur mes actes», autant de formules d’action du candidat UMP exposées d’une voix sereine et grave, à l’opposé de son image d’Épinal de pile électrique incapable de calmer ses nerfs. Quant à Ségolène Royal, présentée durant toute sa campagne et avant comme «incompétente», mais plus «humaine» que Sarkozy, elle élude la question des institutions pour s’attaquer directement au bilan de l’actuel gouvernement, dont il a été longtemps le numéro deux, qui a généré plus de “travailleurs pauvres et de précarité”. «Je travaillerai avec des gens de morale» certifie-t-elle doucement mais fermement.
Un nucléaire bien fantaisiste
Tout au long du débat, Sarkozy essaiera donc de mettre Royal en difficulté en l’emmenant sur le terrain des chiffres et de la précision. Un piège qu’elle n’évitera pas complètement, surtout dans le dossier économique et nucléaire (17% de nucléaire dans la production d’électricité en France, ose-t-elle, alors que le taux est de 83%). Ni Sarkozy d’ailleurs, qui arrondira le même chiffre à 50%… Mais elle se placera avec brio sur le terrain du rassemblement, du «nous», qui ramène à des négociations plutôt qu’à une imposition unilatérale d’une quelconque décision engageant l’avenir des Français. Royal veut énerver Sarkozy; elle attaque sur le terrain de la morale, qualifiant à un moment «d’immoralité politique» le fait que parallèlement à la suppression de postes d’aide aux élèves handicapés dans les écoles, dont l’UMP serait à l’origine, ce dernier utilise ce thème dans le débat. Des tentatives qui feront tiquer le candidat UMP, mais on le voit, qui fait de grands efforts pour contrôler ses mots et ses nerfs. Et qui y réussit.
combattive, voire agressive
Les attaques des deux candidats se neutralisent au final dans leur manière de mener le débat. L’autre forme de mise en scène des candidats a reposé sur leur façon d’utiliser le plateau de télévision, sur leur façon aussi d’utiliser les deux autres interlocuteurs, journalistes et arbitres de leurs joutes. Ségolène Royal, lorsqu’elle prend la parole s’adresse exclusivement à Nicolas Sarkozy, en le fixant du regard; elle ne regarde jamais Arlette Chabot ou Patrick Poivre d’Arvor. Une manière d’essayer d’asseoir sa mainmise (par moments agressive à défaut de combattive) sur le débat. Comme pour confirmer cela, Sarkozy tourne souvent son regard vers les deux journalistes neutres, aux regards moins hostiles, comme pour les prendre à témoin de ce qu’il avance.
un match nul en somme
C’est donc un Sarkozy extrêmement courtois et calme qui s’est opposé à une Royal, qui pour le coup a endossé cette image d’énervée qui colle au candidat UMP. À l’heure des conclusions, les deux candidats marquent leurs points forts : Sarkozy «croit à l’action», et fait «don de sa personne» à la France. Sarkozy croit en lui. Royal se replace sur le terrain du «nous» républicain, et s’adresse aux jeunes, aux familles, aux femmes, aux travailleurs, à la France. Un match nul en somme. Les forces ont été marquées, et les lacunes un peu gommées.
(photos Baudouin Mouanda/CFPJ)
1. le 30/01
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