Une nouvelle droite décomplexée au pouvoir
par Mamoudou Kane
Sans grande surprise, Nicolas Sarkozy a été élu avec 53% des voix. Un résultat qui le conforte dans une certaine liberté d’action, mais qui marque aussi une forte attente de la part des Français. Le nouveau président de la république française n’aura pas droit à l’erreur.
le nouveau maître de l’Elysée (photoThomas Coex/AFP)
Un discours idéologique
Son discours salle Gaveau s’est voulu rassembleur et rassurant au début, quand il exprime son «respect à Royal, car des millions de français ont voté pour elle, et c’est les respecter aussi», en «invitant tout les français à s’unir» à lui. Juste le temps de préparer une seconde partie de discours complètement idéologique où il appuie «la fin de l’éternelle repentance sur l’histoire française», une «immigration maîtrisée» (et non plus «choisie»- ndlr), et rappelle l’amitié entre la France et les Etats-Unis. «Un appel nauséeux trop poussé vers l’atlantisme» lâche un télespectateur socialiste. «Le masque tombe», continue un autre commentateur anonyme, un sourire ironique aux lèvres.
les vainqueurs sur la place de la Concorde (photo Mamoudou Kane/cfpj)
L’ultra sécuritaire, la panacée ?
Pour accompagner l’événement, 88 garnisons de CRS et des milliers de policiers et gendarmes ont été mobilisés rien que pour l’Île de France. Dans les rues, les quartiers dits sensibles, les galeries de métro, partout des tenues bleues et noires. «Cinq ans ainsi, ça va être tendu» commente, amer, un anonyme qui passe du quartier général socialiste pour se rendre sur la place de la Concorde, où se congratulent les partisans du vainqueur. De source policière, ce déploiement policier massif correspond à «un effectif de soirées de grands matchs de la Coupe du Monde (de football, 1998) ou de nuits de réveillon».
Une France divisée
Les autorités craignent visiblement que les festivités du dimanche soir ne donnent lieu à des «débordements» ou que la victoire de M. Sarkozy ne «provoque des réactions de rejet» dans certaines banlieues. Une façon comme une autre de corroborer les craintes de ceux qui continuent de redouter, à travers la victoire de Sarkozy, l’émergence d’une France divisée.
63% des voix du front national se sont reportées sur le candidat UMP, et 30% de celles de l’UDF. Contre 28% des voix UDF pour Ségolène Royal. Pour Le Pen qui avait exhorté à une «abstention massive», le coup est rude. Ces voix de l’extrême droite ont très nettement pesé dans la victoire de Sarkozy. Jamais un président élu n’aura attisé un tel rejet manifeste d’une partie importante de la société. Dès lors, les attentes, les méfiance et la pression sont considérables. Pour celui qui a promis un «chômage à 5% d’ici trois ans» à des Français qui placent le travail au centre de leurs préoccupations, la marge d’erreur est extrêmement réduite.
1. le 30/01
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