Anastasia

Sophie


Rencontre avec...

15 Dec 2006

…Idir ou le Bondy Blog

Il n’est pas utile que je vous présente ce jeune homme, mes mots ne pourront être aussi justes que les siens. A toi Idir.

“La charmante tôlière de ce blog m’a fait le plaisir de répondre à toutes les questions que je lui ai posées sur sa vie en Israël. Elle m’a fournit un point de vue fort intéressant sur l’image qu’ont les israéliens de la France. Je vais donc tâcher de faire tout aussi bien en m’essayant au même exercice : un point de vue personnel sur la perception de la communauté juive de France par leurs concitoyens d’origine maghrébine.”


“Je me présente Idir, Français d’origine Algérienne (un kabyle diraient certains) en passe d’achever ses études d’histoire. Voila 26 ans que je vis à Bondy dans le 93 une cité qui m’a vu naitre et que j’affectionne particulièrement.  Si la communauté juive de Bondy est présente depuis l’entre deux guerres par le biais des immigrés d’Europe de l’Est, c’est dans les années 1960 qu’elle gagne en importance avec l’arrivée des Juifs d’Algérie. Il n’y a encore pas très longtemps elle comptait à peu prés 1000 individus concentrés dans le nord de la ville. Ce quartier devenu difficile au fil du temps, il me semble que beaucoup d’entre eux l’ont quitté même si aujourd’hui encore la synagogue se trouve à Bondy nord. 
Je tiens à mettre toute suite fin à ce cliché ridicule qui veut qu’un Juif et un Arabe doivent se détester en banlieue, généralement aucune tension particulière n’existe entre les deux communautés dans ma ville. Malheureusement comme les bisounours n’ont pas réussit à imposer à l’humanité leur vision d’un monde de joie et de paix éternel, quelques actes antisémites ont émaillé l’histoire de Bondy. Si mes souvenirs sont bons, il y en a eu trois très graves en 50 ans : une équipe de foot juive a été agressée au retour de son entraînement. La façade de la synagogue fut brulée et un nom sur le monument aux morts a été rageusement rayé à cause de sa consonance hébraïque. Si cette malveillance est calquée sur la période de l’actualité du Moyen Orient, ceux qui en sont les auteurs se préoccupent peu de la situation des Palestiniens. Cela tient plus de la délinquance gratuite et il semble que la « bêtise crasse » aime encore à s’exprimer contre eux.
Honnêtement la situation des Palestiniens préoccupe beaucoup de personnes en France et dans la population maghrébine en particulier. Mais la grande majorité d’entre nous ne tolère pas que l’on importe le conflit dans l’hexagone. Si l’humiliation et la précarité des Palestiniens doivent prendre fin, c’est un monument de stupidité d’en faire payer les frais à nos compatriotes Juifs, d’autant que nombre d’entre eux sont comme nous des enfants du Maghreb.
Cette référence à nos origines communes n’est pas anodine : c’est tout naturellement que pour la première fois, mes voisins sont venus frapper à ma porte durant le Shabbat pour nous demander d’éteindre leur machine à laver (il est interdit d’utiliser l’électricité à Shabbat). Faire appel à d’autres leurs était alors impensable : ils appréhendaient la réaction des « français de souche » mais pas celle de ma famille. Nos deux maisons formaient à l’époque la seule « enclave » sémite du quartier.
Quant aux Israéliens, il faut avouer qu’ils donnent l’image d’un peuple assez dur pour la personne qui les regarde de l’extérieur. Si j’avais un point de vue personnel à donner, il serait complètement partial, étant donné que la seule citoyenne de ce pays que je connaisse, anime ce blog et a reçu une Demande en mariage de ma part…”

Posté par Sophie le 15/12 à 06:53
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13 Dec 2006

… Amir Lapid, Directeur du département Alyah France pour l’Agence Juive de Paris.

L’Agence Juive est sollicitée dans le cadre d’une décision de la part de tout Juif de faire son Alyah. Il existe toutes sortes d’Alyah; pour les familles, les étudiants, les célibataires… Amir Lapid est Israélien mais parle parfaitement le français. Le Directeur du département Alyah s’est efforcé de me répondre de manière très précise sur l’opinion qu’il a de la communauté juive de Paris.

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“Quelles sont les raisons de l’Alyah?”

Tout d’abord, je pense, par sionisme et par amour d’Israël. La condition de base étant le sentiment d’appartenir à ce jeune pays. Environ trois mille Juifs de France partent vivre en Terre Sainte et dans quelques années, les chiffres devraient devenir assez importants.
Ceci étant dit, l’Alyah dépend avant tout de la volonté de la personne désireuse de partir. Ce choix doit être mûrit pour savoir ce que l’on va laisser en France et retrouver en Israël. Le paramètre le plus déterminant est l’emploi, qui est la principale difficulté pour tous les nouveaux immigrants, sans faire mention des équivalences pour les spécialisations.
Ensuite, vient l’éducation des enfants qui concernent les parents. Il faut que l’Alyah soit réussie pour tout le monde, même pour les plus petits et il nécessaire qu’ils s’intègrent rapidement dans une nouvelle sphère sociale. Les derniers paramètres sont une structure sociale différente de celle de la France ainsi que la situation géopolitique qui influent sur la décision de l’Alyah.

“Comment faites-vous pour amener un Juif à penser qu’il peut partir?”

Nous sommes là pour les amener à choisir Israël. Nous les aidons dans le choix d’y vivre et dans quelle ville. Leur donner des meilleurs moyens pour l’apprentissage de la langue qui est gratuit les six premiers mois de l’Alyah. Des organismes existent en Israël pour essayer de retrouver rapidement un emploi. On tente de les préparer à ne pas entrer dans un isolement social et d’avancer avec eux dans leurs interrogations personnelles.
Il est important de souligner que l’entente diplomatique entre la France et Israël sont bonnes, il y a un respect entre ces deux Etats et les échanges sont importants. Tout Français peut revenir s’il le souhaite et certains le font, bien que les droits d’Alyah ne soient valables que pour un départ.

“Selon vous, qu’est-ce qu’être Juif en France? ”

A vrai dire, je suis Israélien et je ne connais pas la communauté juive française de l’intérieur. Juif Français ou Français Juif, cette approche est déterminée par le degré de religiosité de chacun. Je pense qu’il y a des cercles différents; certains plus communautaires et certains moins attachés à la communauté juive. Il me semble que la communauté israélite de France est exemplaire dans son ouverture. Je la perçois trés française car on peut la trouver à tous les niveaux de la société. Ceci est vérifiable en politique, dans la communication, dans l’évolution économique du développement de la France et dans les interelations avec leur environnement non juif.
La communauté est une grande famille, je ne la vois pas éclatée. Il y a tout un tissu de relations au sein de celle-ci, et il n’y avait qu’à observer lors de l’événement pour la Tsedaka; tous âges et tous milieux s’y confondaient. Il y a des point d’ancrage auxquels tout le monde se rattache, la Tsadaka en fut une, tout comme les fêtes juives, à la Synagogue.
Finalement, le dénominateur commun, c’est le fait qu’ils soient Juifs.

Posté par Sophie le 13/12 à 05:17
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… Vladimir Spiro, Président de Judaïques FM

Judaïques FM émet pour la première fois en octobre 1981. Elle partage l’onde avec deux autres radios juives dans des créneaux horaires bien définis. Vladimir Spiro est un professionnel à l’écoute de ses auditeurs qui a envie de créer un dynamisme pour ouvrir la radio à une audience extracommunautaire.
Ecoutez.

image “Qu’est-ce qu’être Juif aujourd’hui en France?”

“Etre Juif, en France comme partout, c’est être héritier d’une histoire. Chacun a la sienne, heureuse ou malheureuse. Chaque Juif n’est pas indépendant de son histoire et de son rapport personnel à son judaïsme.
Il y a trois “groupes” de Juifs en France. Le premier qui s’isole complètement de la communauté internationale, enfermé dans un “ghetto intellectuel” et “religieux”. Le deuxième, est le Juif plus moderne, qui s’inscrit dans la communauté internationale et qui, dans la même dynamique, vit son judaïsme comme il l’entend. Enfin, dans le troisième “groupe”, existent les israélites français qui intériorisent leur judaïsme et vivent pleinement dans la culture française.
A ces différents groupes de Juifs, s’ajoutent des parties organisées, comme le Consistoire Israélite ou encore l’Agence Juive dans lesquelles, semble t-il, tous les Juifs ne s’identifient pas. Beaucoup de Juifs ne s’expriment pas, comme les Ashkenazes qui sont complètement transparents à l’intérieur de la communauté”.

Quels sont vos programmes?

“J’aimerais que par la voix de Judaïques FM tout Juif et même non Juif puisse se reconnaître. On peut dire que c’est un peu une “radio laïque”, même si le terme est incorrect, la libre parole est donnée à tout le monde. Pour les programmes, nous diffusons des informations de tous types, des rubriques politiques, culturelles ou créées pour la jeunesse. Nous recevons des invités et nous avons aussi une émission sur la religion. Pour la diversité musicale, on passe de l’oriental à de la musique classique ou contemporaine.
Il faut que la radio juive, de manière générale, s’ouvre sur le monde, même si le CSA qualifie Judaïques FM de “radio communautaire”.

Comment, selon vous, parvenir à un juste milieu pour la vie de la communauté?

“Le juste milieu pour la vie de la communauté, si je puis faire une note d’humour, ce serait égoïstement Judaïques FM ! Le point médiant de la communauté juive française et internationale est de toute évidence Israël. Que l’on parle de religieux ou de libéraux, de riches ou de démunis qui ne peuvent se retrouver dans un juste milieu, les Juifs savent aussi se regrouper en une communauté remarquablement solidaire en cas de crise grave”.

Judaïques FM émet sur 94.8 de 8h30 à 11h00, de 21h à 23h et de minuit à 2h.

Posté par Sophie le 13/12 à 02:20
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07 Dec 2006

… Ambre, juive parisienne

Ambre a tout juste 18 ans et déjà une idée bien précise du monde dans lequel elle vit. Etudiante en première année à l’école supérieure de journalisme de Paris, elle va m’ouvrir les portes de l’univers de la communauté, et plus particulièrement, celui de la jeunesse des 18-25 ans.

imageAmbre vit à Paris. La plupart de ses amis sont juifs. Elle parle de sa religion de façon très simple et ouverte. Mais parfois, elle ne se reconnaît pas dans la communauté juive, quand, “le juif est perçu comme une mode ou un état d’esprit auquel adhérer...” Les jeunes qui s’affirment comme juifs par des signes extérieurs de richesse et par une attitude parfois désinvolte portent le surnom de “Chalala”. Cette minorité est loin de représenter la communauté dans son ensemble, et pourtant, celle-ci est souvent assimilée à ces jeunes. Ambre a beaucoup de choses à dire, ne serait-ce que sur “l’amalgame que font juifs et non-juifs entre religion et communauté”. La religion est très personnelle, tout comme la façon de la pratiquer. La communauté c’est un ensemble de fidèles appartenant à la même religion et souvent aux même valeurs morales. Ce qui ne signifie pas que tous partagent les même opinions et la même façon d’affirmer leur judaïsme.
L’étudiante me révèle que lors d’une discussion entre amis, “le sujet récurrent est l’antisémitisme qui existe bel et bien. Souvent, les jeunes désirent partir à l’étranger pour quitter le système français”. Malgré cela, Ambre n’a “ni honte d’être Française, ni honte d’être juive”.
C’est très discrètement qu’elle se projette dans un avenir lointain, où elle m’avoue que son “insertion dans la communauté l’aidera à trouver un mari juif pour fonder une famille sur les valeurs de la Torah”, mais qu’elle inculquera à ses enfants une “éducation libérale” et leur donnera l’intelligence de regarder le monde dans lequel ils évolueront.
Pour clore cet entretien, la jeune Israëlite pense qu’il est nécessaire que les pensées intelligentes de la communauté se réunissent plus souvent pour donner une autre image de celle-ci et l’ouvrir davantage au monde. Ambre aime la pondérance et l’équilibre et “condamne tout ce qui est trop extrêmiste, de quelque forme que ce soit.”

Posté par Sophie le 07/12 à 03:18
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05 Dec 2006

… un jeune Israélien à Paris

Julien a vingt deux ans et vit en Israël. Il y a six mois, le jeune Français décide de suivre un programme organisé par l’Etat d’Israël appelé l’Alyah. Mis en place par l’Agence Juive, ce programme de “montée en Israël” donne droit à tout Juif, désireux de revenir à ses origines, d’obtenir la nationalité israélienne dès son arrivée sur le sol de l’Etat Hébreu. Il m’est apparu intéressant de demander son avis sur la communauté juive à un jeune homme qui a quitté la France, son “pays natal”, pour Israël, le “pays de ses ancêtres”.

imageJulien provient d’une famille juive traditionnaliste. Le jeune homme me confie qu’il avait envie de faire son Alyah depuis ses quinze ans. Elevé dans un cadre scolaire laïque, mais intégré dans la communauté juive, il n’en a pas toujours partagé les opinions. Il est fier de son judaïsme et le revendique, mais “en gardant une certaine réserve, une certaine discrétion”. Proche de sa religion, il ne se reconnaît pourtant pas dans certaines pratiques religieuses qui visent au regroupement collectif, non par conviction mais par communautarisme. Son approche de son judaïsme est “très personnelle et ne regarde personne.”
“En France, lance t-il, on pratique la religion pour se sentir appartenir à une communauté. En Israël, c’est parce qu’on ressent réellement l’envie de le faire”. Et pour conclure sur le sujet, il ajoute, en me regardant dans les yeux, “En France, c’est une obligation de pratiquer pour s’intégrer dans un pays laïque au sein de la communauté. En Israël, ce sont les fondations du pays.”
Il admet ensuite que le “non-Juif peut être rejeté par la communauté”, une attitude à laquelle il se refuse d’adhérer. Ouvert au monde et curieux, il perçoit de la plupart des Juifs un besoin de se réaliser dans l’enceinte de la communauté. Aprés réflexion, il ajoute que “même les rabbins parlent peu du monde éxterieur”.
“Il y a nous, puis les autres, constate-t-il. Ce discours est à changer. En France, il est impossible et contraignant de limiter uniquement sa vie à la religion.”

Posté par Sophie le 05/12 à 07:14
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